Il y a trois ans, mourrait Jean-Paul II  (Vatican) posté le mercredi 02 avril 2008 05:37

Si l’une des grandes tâches de Jean-Paul II a été le soutien à sa Pologne natale, et son combat contre l’oppression du catholicisme dans l’empire soviétique, l’ensemble de son pontificat va être marqué par son souci du monde entier, et par sa proximité de tous, qu’ils soient puissants ou humbles. Urbi et Orbi, il a lâché ce premier appel vibrant, le 22 octobre 1978 : «N'ayez pas peur d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir, poursuit le pontife. Ouvrez toutes grandes les portes pour le Christ! A son pouvoir salvateur, ouvrez les frontières des Etats, les systèmes économiques et politiques, les vastes champs de la culture, de la civilisation et du développement! N'ayez pas peur! Le Christ sait «ce qu'est un homme»

A peine élu comme successeur de saint Pierre, il est invité à se rendre en Amérique latine pour la troisième conférence de l’épiscopat de ce continent. Il hésite, sachant que le Mexique est dans une phase anticléricale, et que sur place, il devra recadrer la théologie de la libération bien qu’elle y soit très populaire. Néanmoins, il accepte de s’y rendre, et pense aussi qu’un déplacement dans un pays qui ne lui est pas acquis, s’il réussit, peut lui ouvrir les portes de la Pologne communiste. La simplicité du pape, sa rigueur souriante lorsqu’il rappelle que le message du Christ n’est pas un appel à une révolution sociale ou politique, et certainement pas armée, confirment le début d’engouement que les Catholiques vont toujours avoir pour Jean-Paul II.

 

S’il est choisi par le conclave, le 16 octobre 1978, rien ne laissait prévoir son accession à la tête de l’Eglise catholique, puisque, cinquante jours plus tôt, les mêmes cardinaux réunis dans la chapelle Sixtine, avaient désigné le patriarche de Venise, le cardinal Albino Luciani, comme pape, qui avait pris comme nom le vocable de Jean-Paul 1er, pour montrer qu’il s’inscrivait dans la pensée conciliaire de Jean XXIII et de Paul VI. Il meurt trente-trois jours plus tard, emporté par une mauvaise santé.


Jean-Paul II, appelé aussi le « pape pèlerin », n’accorde aucune limite à sa responsabilité. Durant tout son règne, il va visiter les pays où la liberté individuelle est la plus humiliée : la Pologne, Les Philippines, Haïti. Pour ce pape, la religion libère, et au nom du droit inaliénable que la déclaration Dignitatis humanae a affirmé, Jean-Paul II n’a de cesse de bousculer les régimes politiques qui entravent les libertés en général et la liberté religieuse en particulier. En revanche, il récuse les récupérations multiples qui peuvent être faites des valeurs catholiques, et les amalgames qui en découlent.


Si Jean-Paul II voyage beaucoup, il publie aussi un nombre impressionnant d’encycliques et de textes destinés à rappeler l’actualité du message du Christ. Proche des jeunes qu’il aime rencontrer lors des journées mondiales de la jeunesse (JMJ) et lors de ses voyages à travers le monde, il ne modère pas son message en matière de mœurs et de sexualité lorsqu’il s’adresse à eux. Dans la ligne de l’encyclique Humanae Vitae, le pape de l’Eglise catholique ne peut pas donner un autre discours que celui des vertus de l’amour et de la fidélité. Les jeunes comprennent sa logique, même si le pragmatisme de leur vie, les conduits à tenter d’adapter un principe à une réalité plus terre à terre. Son encyclique Evangelium Vitae est un beau plaidoyer pour la « culture de la vie ». Il n’écarte personne, néanmoins, et beaucoup de Catholiques comprennent que la rigueur de son message n’est pas exclusive, mais donne une direction vers laquelle ils peuvent tendre.

Jean-Paul II est aussi le pape de l’œcuménisme, lorsqu’il invite, à Assise, le 26 octobre 1986, les représentants de toutes les religions, à prier pour la paix dans le monde. Les religions ont été, le regrette-t-il, le motif de beaucoup de guerres dans l’histoire de l’humanité. Il demande pardon, à plusieurs reprises, pour les fautes commises par l’Eglise catholique contre la liberté religieuse. Il se fait aussi le héraut de la paix entre les religions, qu’il considère comme le fondement de la paix entre les peuples. Mais, le respect des autres confessions ne lui fait pas oublier la propre religion à laquelle il appartient. L’oecuménisme est un dialogue, mais pas un renoncement intellectuel.

Lorsqu’il meurt, le 2 avril 2005, il laisse un monde sans voix, un peu craintif d’avoir perdu un repère qui, durant 27 ans aura martelé : « N’ayez pas peur ! » Avec Jean-Paul II, les fidèles catholiques de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle ont senti la particularité qui les unit au pape. A la manière d’un père que l’on n’a pas choisi, les relations sont d’un ordre filial : on s’aime, on se comprend, on s’éloigne, on ne se comprend plus, et tout cela dans un ordre très personnel et très varié. Pourtant, même lorsqu’il est cassé, profondément parfois, le lien existe de manière permanente. Jean-Paul II, dans son cercueil de chêne, sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, lors de son adieu au monde, n’a laissé personne indifférent.

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