Si l’une des grandes tâches de Jean-Paul II a
été le soutien à sa Pologne natale, et son
combat contre l’oppression du catholicisme dans
l’empire soviétique, l’ensemble de son
pontificat va être marqué par son souci du monde
entier, et par sa proximité de tous, qu’ils soient
puissants ou humbles. Urbi et Orbi, il a lâché ce
premier appel vibrant, le 22 octobre 1978 : «N'ayez pas peur
d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir, poursuit le
pontife. Ouvrez toutes grandes les portes pour le Christ! A son
pouvoir salvateur, ouvrez les frontières des Etats, les
systèmes économiques et politiques, les vastes champs
de la culture, de la civilisation et du développement!
N'ayez pas peur! Le Christ sait «ce qu'est un
homme»
A peine élu comme successeur de saint Pierre, il est
invité à se rendre en Amérique latine pour la
troisième conférence de l’épiscopat de
ce continent. Il hésite, sachant que le Mexique est dans une
phase anticléricale, et que sur place, il devra recadrer la
théologie de la libération bien qu’elle y soit
très populaire. Néanmoins, il accepte de s’y
rendre, et pense aussi qu’un déplacement dans un pays
qui ne lui est pas acquis, s’il réussit, peut lui
ouvrir les portes de la Pologne communiste. La simplicité du
pape, sa rigueur souriante lorsqu’il rappelle que le message
du Christ n’est pas un appel à une révolution
sociale ou politique, et certainement pas armée, confirment
le début d’engouement que les Catholiques vont
toujours avoir pour Jean-Paul II.
S’il est choisi par le conclave, le 16 octobre 1978, rien ne laissait prévoir son accession à la tête de l’Eglise catholique, puisque, cinquante jours plus tôt, les mêmes cardinaux réunis dans la chapelle Sixtine, avaient désigné le patriarche de Venise, le cardinal Albino Luciani, comme pape, qui avait pris comme nom le vocable de Jean-Paul 1er, pour montrer qu’il s’inscrivait dans la pensée conciliaire de Jean XXIII et de Paul VI. Il meurt trente-trois jours plus tard, emporté par une mauvaise santé.
Jean-Paul II, appelé aussi le « pape pèlerin
», n’accorde aucune limite à sa
responsabilité. Durant tout son règne, il va visiter
les pays où la liberté individuelle est la plus
humiliée : la Pologne, Les Philippines, Haïti. Pour ce
pape, la religion libère, et au nom du droit
inaliénable que la déclaration Dignitatis humanae a
affirmé, Jean-Paul II n’a de cesse de bousculer les
régimes politiques qui entravent les libertés en
général et la liberté religieuse en
particulier. En revanche, il récuse les
récupérations multiples qui peuvent être faites
des valeurs catholiques, et les amalgames qui en
découlent.
Si Jean-Paul II voyage beaucoup, il publie aussi un nombre
impressionnant d’encycliques et de textes destinés
à rappeler l’actualité du message du Christ.
Proche des jeunes qu’il aime rencontrer lors des
journées mondiales de la jeunesse (JMJ) et lors de ses
voyages à travers le monde, il ne modère pas son
message en matière de mœurs et de sexualité
lorsqu’il s’adresse à eux. Dans la ligne de
l’encyclique Humanae Vitae, le pape de l’Eglise
catholique ne peut pas donner un autre discours que celui des
vertus de l’amour et de la fidélité. Les jeunes
comprennent sa logique, même si le pragmatisme de leur vie,
les conduits à tenter d’adapter un principe à
une réalité plus terre à terre. Son encyclique
Evangelium Vitae est un beau plaidoyer pour la « culture de
la vie ». Il n’écarte personne,
néanmoins, et beaucoup de Catholiques comprennent que la
rigueur de son message n’est pas exclusive, mais donne une
direction vers laquelle ils peuvent tendre.
Jean-Paul II est aussi le pape de l’œcuménisme,
lorsqu’il invite, à Assise, le 26 octobre 1986, les
représentants de toutes les religions, à prier pour
la paix dans le monde. Les religions ont été, le
regrette-t-il, le motif de beaucoup de guerres dans
l’histoire de l’humanité. Il demande pardon,
à plusieurs reprises, pour les fautes commises par
l’Eglise catholique contre la liberté religieuse. Il
se fait aussi le héraut de la paix entre les religions,
qu’il considère comme le fondement de la paix entre
les peuples. Mais, le respect des autres confessions ne lui fait
pas oublier la propre religion à laquelle il appartient.
L’oecuménisme est un dialogue, mais pas un renoncement
intellectuel.
Lorsqu’il meurt, le 2 avril 2005, il laisse un monde sans
voix, un peu craintif d’avoir perdu un repère qui,
durant 27 ans aura martelé : « N’ayez pas peur !
» Avec Jean-Paul II, les fidèles catholiques de la fin
du XXe siècle et du début du XXIe siècle ont
senti la particularité qui les unit au pape. A la
manière d’un père que l’on n’a pas
choisi, les relations sont d’un ordre filial : on
s’aime, on se comprend, on s’éloigne, on ne se
comprend plus, et tout cela dans un ordre très personnel et
très varié. Pourtant, même lorsqu’il est
cassé, profondément parfois, le lien existe de
manière permanente. Jean-Paul II, dans son cercueil de
chêne, sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, lors de
son adieu au monde, n’a laissé personne
indifférent.